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De l’Aprem All Star à Tiakola : la fête comme manifeste d’une génération afro-francophone

Par Toshiro Mpika5 min de lecture

Coupé-décalé, ndombolo, zouk, logobi, shatta, rap et R&B : avec ses All Stars Night organisées aux côtés de Therapy, Tiakola ne ressuscite pas simplement les soirées d'une autre époque. Il rassemble les morceaux d'une culture afro-francophone devenue centrale dans les usages, mais qui cherche encore sa pleine reconnaissance.

Talaref Media

Avant les All Stars Night, il y avait déjà les All Star

Pour comprendre ce que Tiakola est en train de construire, il faut remonter quelques années en arrière.

Bien avant les playlists algorithmiques, TikTok et les artistes africains capables de toucher instantanément plusieurs continents, toute une génération se retrouvait déjà autour des mêmes codes.

Les Aprem All Star en faisaient partie.

Coupé-décalé.
Ndombolo.
Zouk.
R'n'B.
Logobi.

Des affiches surchargées, des couleurs criardes, des montages qui semblent aujourd'hui tout droit sortis d'un autre Internet.

Mais derrière cette esthétique se trouvait quelque chose de beaucoup plus important :

un lieu de rassemblement.

Une génération venait danser, se montrer, découvrir des sons et surtout partager des références communes.

Des années plus tard, les affiches des Tiakola All Stars Night semblent presque dialoguer avec cette époque.

Même accumulation.

Même énergie.

Même volonté de réunir plusieurs musiques qui refusent de rester dans une seule case.

Et ce n'est pas une coïncidence éditoriale inventée après coup : la présentation officielle des soirées explique qu'elles reprennent le phénomène culturel des années 2000 et du milieu des années 2010.

Tiakola ne fait pas qu'un showcase

Le 31 mai 2026, Tiakola et Therapy lancent une première All Stars Night au Yoyo, au Palais de Tokyo.

La programmation annonce la couleur :

rap français, coupé-décalé, shatta, R&B, funaná, ndombolo, dancehall, logobi et zouk.

Drozzy, Cheetah 369, RM Lass et MC Oh Jay sont notamment annoncés sur la première édition.

Puis une deuxième soirée arrive le 6 juin.

Et une troisième le 13 juin, de nouveau au Yoyo, annoncée comme la dernière édition de cette série, avec DJ Peet, RM Lass, Hony Zuka et MC Moya.

Tiakola n'est alors pas simplement l'artiste qui monte sur scène pour interpréter trois titres avant de repartir.

Il hoste.

Il danse.

Il chante.

Il participe à la fête.

C'est important parce que cela change complètement la relation entre l'artiste et son public.

Pendant quelques heures, la star n'est plus seulement sur scène.

Elle appartient à la soirée.

La force de Tiakola : donner envie de célébrer avec lui

C'est probablement une partie de ce qui explique l'engouement autour du personnage.

Tiakola possède quelque chose de difficile à fabriquer artificiellement : une joie communicative.

Son univers ne repose pas uniquement sur une esthétique musicale.

Il y a la danse.

Les vocalises.

La mélodie.

L'humour.

Les références.

Les interactions avec son entourage.

Et cette impression permanente que la musique est quelque chose qui doit être partagé.

C'est là que le terme Mélo prend presque une dimension plus large que son premier album.

La mélo devient une manière de chanter, mais aussi une manière de faire circuler les influences.

Chez Tiakola, le rap français peut rencontrer le R&B, des sonorités congolaises, le coupé-décalé ou le dancehall sans que le mélange donne l'impression d'avoir été fabriqué en laboratoire.

Il appartient à une génération pour laquelle ces références coexistent naturellement.

« Mélo Décalé » : derrière la fête, un message politique au sens culturel

Et c'est précisément ici que le sujet devient beaucoup plus intéressant.

Le 12 juin 2026, Tiakola sort Mélo Décalé.

Le titre rend explicitement hommage au coupé-décalé et à plusieurs figures de la culture afro-francophone, parmi lesquelles Douk Saga, DJ Arafat, Mokobé ou Kaysha.

Mais au milieu de cette célébration, Tiakola glisse un message beaucoup moins festif.

Il interpelle YouTube et les plateformes sur la monétisation des clips des artistes afro-francophones dans les territoires où les dispositifs de rémunération restent insuffisants ou indisponibles. Cette prise de position a ensuite été relayée dans le débat sur la valorisation économique des artistes afro-francophones.

Et là, les All Stars Night prennent une autre dimension.

Parce qu'il existe une contradiction :

une culture peut être extrêmement visible sans que ceux qui la produisent captent proportionnellement toute sa valeur.

Tiakola - Melo Décalé ( Ecrit par Tiakola Composé par Stillnas, Washy, Liaz, Gaëtan Judd Réalisé par Alex Haze Produit par PATERN)

L'Afrique, le continent invisible d'internet...

Afrobeats, amapiano, coupé-décalé, ndombolo et leurs descendants circulent à travers les frontières, influencent les artistes européens et américains et nourrissent les réseaux sociaux. La musique africaine est aujourd'hui extrêmement visible culturellement.

Mais Tiakola souleve dans Melo Décalé, un problème subtil :

Visibilité ne signifie pas nécessairement monétisation.

Une personne peut regarder un clip.

Partager un morceau.

Participer à une tendance.

Faire exploser un artiste culturellement.

Et pourtant, selon le territoire et la plateforme, cette consommation ne produit pas de valeur économique pour l'artiste.

C'est cette contradiction que Tiakola met sur la table.
Et elle est d'autant plus importante que l'Afrique possède une population exceptionnellement jeune, donc profondément concernée par les nouveaux usages numériques.

En effet, en Afrique

Une nostalgie qui regarde vers l'avenir

C'est peut-être finalement ce qui rend les All Stars Night aussi intéressantes.

Visuellement, elles regardent en arrière.

Les affiches évoquent volontairement une autre époque.

Musicalement, elles convoquent les morceaux et mouvements avec lesquels une génération a grandi.

Mais culturellement, elles regardent devant.

Tiakola ne reproduit pas simplement une soirée de 2008.

Il prend l'énergie communautaire de cette époque et la fait dialoguer avec une génération qui vit désormais sur Spotify, YouTube, TikTok et Instagram.

La nostalgie devient alors un outil de transmission.

Ceux qui étaient là reconnaissent les codes.

Ceux qui n'étaient pas encore assez grands les découvrent.

De Douk Saga à Tiakola, la fête n'est jamais seulement la fête

C'est pour cela qu'il serait réducteur de définir Tiakola uniquement comme un rappeur français qui incorpore des « influences africaines ».

Son succès raconte quelque chose de plus contemporain.

Une génération peut être française.

Congolaise.

Parisienne.

Africaine.

Rap.

R&B.

Mélo.

Tout cela simultanément.

Sans demander l'autorisation de choisir une seule case.

Les All Stars Night matérialisent cette idée sur un dancefloor.

Mélo Décalé la matérialise dans un morceau.

Et son appel aux plateformes lui donne une dimension économique et culturelle.

Tiakola n'a donc peut-être pas simplement remis certaines soirées au goût du jour.

Il rappelle surtout qu'une culture transmise pendant des années dans les fêtes, les familles, les clips, les quartiers et les diasporas est désormais capable de parler au monde entier.

Et cette fois, elle demande aussi à être reconnue à la hauteur de ce qu'elle génère.

BPM — Talaref Media
La musique ne se contente pas de faire du bruit. Elle raconte ceux qui la font.

Et pour les visuels : utilise absolument tes quatre affiches

Elles sont presque la démonstration graphique de l'article. Je ferais un passage visuel au tout début :

2008 — APREM ALL STAR → ancienne affiche
↓
2026 — TIAKOLA ALL STARS NIGHT → nouvelle affiche

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